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Veille · Études d'impact

Ce que disent les études sur l'impact de l'IA pour les créateurs de musique

Depuis 2024, plusieurs études ont tenté de chiffrer ce que l'IA générative pourrait coûter aux créateurs, en revenus comme en emplois, et l'une d'elles place la musique d'illustration en première ligne. Nous reprenons les principales projections en indiquant qui les a commandées et quelles en sont les limites.

Comment lire ces chiffres

Aucun des chiffres qui suivent ne mesure une perte déjà subie. Ce sont des projections et des enquêtes, commandées pour la plupart par des organisations qui défendent les créateurs, ce qui ne les rend pas fausses mais mérite d'être dit. Nous les citons comme nous citons ceux des plateformes, tels qu'ils ont été publiés, en précisant chaque fois leur commanditaire, leur date et leur méthode.

Pour la CISAC, un quart des revenus de la musique menacé d'ici 2028

Commandée par la CISAC (Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs) au cabinet PMP Strategy et publiée le 04/12/2024, cette étude se présente comme la première à mesurer à l'échelle mondiale l'impact économique de l'IA générative sur la musique et l'audiovisuel (CISAC, 04/12/2024).

Elle projette que 24 % des revenus des créateurs de musique et 21 % de ceux de l'audiovisuel seraient exposés à une perte d'ici 2028. Les pertes cumulées atteindraient 22 milliards d'euros sur cinq ans, dont 10 milliards pour la musique et 12 milliards pour l'audiovisuel. La musique générée par IA représenterait alors environ 20 % des revenus des plateformes de streaming, et environ 60 % de ceux des catalogues de musique d'illustration (library music), cette musique sous licence qui accompagne les documentaires, les reportages, les publicités et de nombreux programmes audiovisuels.

C'est donc la musique d'illustration qui apparaît, dans cette projection, comme le segment le plus exposé. C'est aussi celui où une perte passerait le plus inaperçue, car personne ne lit le générique d'une publicité pour savoir qui en a composé la musique.

2,7 milliards d'euros en jeu en France et en Allemagne, selon Goldmedia

Réalisée par le cabinet Goldmedia pour la Sacem (France) et la GEMA (Allemagne) et publiée le 30/01/2024, cette étude croise une analyse de marché, des entretiens d'experts et une enquête menée auprès de plus de 15 000 créateurs et éditeurs de musique (CISAC, 30/01/2024).

Elle estime que 27 % des revenus des créateurs de musique seraient menacés d'ici 2028 si aucun système ne venait rémunérer les œuvres utilisées par l'IA. Pour les membres des deux sociétés, les pertes cumulées atteindraient 2,7 milliards d'euros d'ici 2028, dont 950 millions d'euros pour la seule année 2028.

Les créateurs interrogés sont 71 % à estimer que l'IA menace leur capacité à vivre de leur métier, et 64 % à juger que les risques l'emportent sur les opportunités. Ils sont déjà 35 % à utiliser l'IA dans leur travail, une proportion qui monte à 51 % chez les moins de 35 ans, et 95 % d'entre eux demandent plus de transparence aux éditeurs d'IA.

L'UNESCO retient le même ordre de grandeur, à l'échelle mondiale

Publié le 18/02/2026 et couvrant plus de 120 pays, le rapport mondial de l'UNESCO Re|Shaping Policies for Creativity retient une projection de 24 % de pertes de revenus pour les créateurs de musique et de 21 % pour l'audiovisuel d'ici 2028. Parmi les professionnels de la culture interrogés pour la consultation MONDIACULT, 79 % y voient une menace pour les travailleurs de l'art (UNESCO, 18/02/2026).

Les emplois du divertissement américain, vus par CVL Economics

L'étude Future Unscripted, réalisée par CVL Economics pour l'Animation Guild, le syndicat américain de l'animation, a été publiée en janvier 2024. Elle repose sur une enquête conduite fin 2023 auprès de 300 dirigeants de six industries du divertissement aux États-Unis (The Decoder, 01/2024).

Elle projette qu'environ 204 000 emplois du divertissement américain seraient perturbés par l'IA générative d'ici 2026, dont 118 500 dans le cinéma, la télévision et l'animation (21 % des emplois du secteur) et environ 1 800 dans la musique et l'enregistrement. Encore faut-il s'entendre sur le mot, car un emploi perturbé n'est pas forcément supprimé, il peut être transformé, fusionné ou réduit. L'étude mesure d'ailleurs les intentions des dirigeants, et non des suppressions constatées.

Les premières données observées, plus nuancées

Les données observées à ce jour dessinent un tableau plus nuancé que les projections. Une étude publiée dans le Journal of Cultural Economics, fondée sur les données du marché du travail américain de 2017 à 2024, trouve « peu d'éléments » montrant que l'IA générative aurait déjà réduit de façon générale les revenus des artistes. Elle n'en range pas moins les compositeurs et directeurs musicaux parmi les métiers artistiques les plus exposés (Gallup, 03/05/2026).

Les pertes annoncées pour 2028 ne se lisent donc pas encore dans les statistiques d'ensemble, et c'est bien pour cette raison que les artistes, les labels et les éditeurs ont besoin, dès maintenant, de transparence et de données vérifiables, plutôt que d'un constat dressé après coup. L'observatoire des contestations est notre contribution à ces données.

Sources

Mis à jour le 06/10/2026