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Manifeste

Pour le droit de connaître la provenance de la musique

Le texte fondateur de VERIMUSIC et ses six demandes, que chacun peut signer.

Chaque jour, des dizaines de milliers de titres générés par intelligence artificielle arrivent sur les plateformes de streaming. Selon Deezer, les titres entièrement générés par IA représentaient plus de la moitié des titres envoyés chaque jour au pic de juin 2026, soit environ 90 000 titres par jour.

Nous ne faisons pas campagne contre l'intelligence artificielle. Depuis qu'il y a de la musique, ceux qui la font s'emparent des outils de leur temps, et l'on ne voit pas pourquoi celui-ci ferait exception. Nous défendons les artistes humains et la musique qu'ils créent, ainsi que celles et ceux qui l'écoutent et qui ont le droit de savoir d'où elle vient.

L'état des lieux

Lorsque la moitié des titres envoyés sont produits automatiquement, la création humaine se retrouve noyée dans le flux. Elle doit partager avec cette production de masse la visibilité qui permet d'être découvert et, au bout du compte, la rémunération, puisque chaque écoute captée par un titre fabriqué à la chaîne prend une part de ce qui revient aux artistes.

Face à cet afflux, plateformes et distributeurs détectent, étiquettent et bloquent, et rares sont ceux qui expliquent sur quoi reposent leurs décisions. Il n'existe aucune procédure de recours commune, si bien qu'un artiste dont le titre est bloqué peut se retrouver sans savoir pourquoi, ni à qui s'adresser, ni quelles preuves on attend de lui.

Les plateformes annoncent des taux de précision remarquables, et nous ne demandons qu'à les croire. Pourtant, à notre connaissance, personne ne les a vérifiés de façon indépendante. Sur quels titres ces taux ont-ils été mesurés, sur quels genres, sur quelles musiques produites loin des grands studios ? Et un détecteur fiable aujourd'hui le restera-t-il face aux générateurs de demain ?

La réalité se prête d'ailleurs mal à ces verdicts. De plus en plus d'artistes confient à un outil d'IA un mastering, un son ou une idée de départ, alors que les plateformes continuent de raisonner en « IA » ou « pas IA », et c'est dans cette zone grise que se joueront les conflits à venir.

Reste la question du consentement. Le clonage vocal permet aujourd'hui de faire chanter n'importe qui sans son accord, puis de publier le résultat sous son nom ou à côté du sien. Quant à l'entraînement des modèles sur des œuvres protégées sans l'accord de leurs auteurs, il se discute en ce moment devant les tribunaux.

Nos six demandes

1. Le droit de savoir

Chaque auditeur doit pouvoir voir, sans avoir à chercher, si et comment l'IA a servi à créer le titre qu'il écoute. L'Europe a commencé à encadrer la transparence des contenus générés par IA, et nous demandons que cette transparence arrive jusqu'aux écrans sur lesquels on écoute la musique.

2. Des détecteurs vérifiables

Ceux qui détectent la musique générée par IA doivent publier leurs méthodes et leurs taux d'erreur, puis les soumettre au contrôle de tiers indépendants, en les mesurant aussi sur les musiques minoritaires et les productions modestes.

3. Un vrai droit de recours

Toute décision qui bloque, étiquette ou démonétise un titre doit pouvoir être contestée. Encore faut-il que l'artiste en connaisse le motif, qu'il trouve un interlocuteur humain, qu'il sache clairement quelles pièces seront acceptées et dans quel délai on lui répondra.

4. Une rémunération qui revient aux humains

Les écoutes artificielles doivent être combattues, et la production de masse ne doit pas venir diluer la part de la rémunération qui revient aux artistes.

5. La reconnaissance de la création hybride

Plutôt que de subir un verdict binaire, chaque artiste doit pouvoir déclarer simplement la place qu'occupe l'IA dans son œuvre, en choisissant entre création humaine, IA assistée et IA générée, et préciser avec quels outils il a travaillé.

6. Le consentement sur sa voix et sur ses œuvres

Aucune œuvre ne doit servir à entraîner une IA sans l'accord de celles et ceux qui l'ont créée, et aucune voix ne doit être clonée, publiée ou monétisée sans l'accord de la personne. Une empreinte vocale étant une donnée biométrique, elle doit être protégée, y compris par ceux qui prétendent la vérifier.

Nos travaux

VERIMUSIC est un espace ouvert et indépendant, consacré à la provenance humaine de la musique. Nous y ouvrons d'abord un observatoire des contestations. Si l'un de vos titres a été étiqueté IA, bloqué ou démonétisé et que vous contestez cette décision, racontez-nous ce qui s'est passé ; chaque cas documenté, anonymisé si vous le souhaitez, rend visible ce qui ne l'était pas.

Chaque mois, une veille rend compte de ce qui change chez les plateformes, dans les règles et dans les outils, en l'expliquant simplement.

Par ailleurs, VERIMUSIC travaille depuis 2025 sur une méthode et un protocole pour documenter la provenance humaine d'une œuvre. Nous nous engageons à publier nos outils, nos standards et nos protocoles en accès libre, sous licence ouverte, afin que chacun puisse s'en servir et en vérifier le fonctionnement.

Signer ce texte

Artistes, producteurs, labels, distributeurs ou auditeurs, vous pouvez signer ce manifeste si ces demandes sont aussi les vôtres. Si vous avez vécu l'une des situations qu'il décrit, votre témoignage compte tout autant, et chacun peut aider en faisant circuler ce texte autour de lui.

Adel Hendaoui
Docteur en systèmes d'information
Musicien, compositeur
Fondateur de VERIMUSIC

VERIMUSIC® est une marque enregistrée à l'INPI (n° 5202511).

Mis à jour le 12/10/2026

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